Comment améliorer la durabilité des supply chains ?

La supply chain, généralement traduite en français par « chaîne logistique », est, d’après Mentzer (1),

« un ensemble de trois entités ou plus (entreprises ou individus) traversées par des flux amont et aval de produits, de services, d’informations et de finance, depuis un fournisseur jusqu’à un client ».

Dans notre économie mondialisée, les différents maillons de la fabrication et de la distribution de produits sont dispersés dans le monde entier (2), ce qui engendre des flux physiques considérables, ayant des conséquences environnementales et sociales très importantes.

Dans cet article (validé lors d’un Mooc que j’ai suivi), j’évoque, de manière non exhaustive, les impacts de la supply chain des entreprises sur le développement durable, les risques engendrés pour les entreprises et quelques manières pour elles de diminuer les impacts socio-environnementaux négatifs.

L’impact environnemental de la supply chain

La fabrication de produits et leur livraison au client final engendrent un ballet incessant de véhicules pour déplacer les matières premières, les produits intermédiaires et les produits finaux vers les lieux de consommation — sans oublier les carburants, qui sont généralement acheminés à leur destination finale par camion-citerne. En 2015, 27 % de l’énergie mondiale était consommée par le transport de passagers et de marchandises, générant 20 % des émissions de CO2 (3). Parmi ces 27 % d’énergie dédiée au transport, le transport de marchandises en consomme environ 38 % (4), principalement sous forme de carburants pétroliers.

Le chauffage et la climatisation des entrepôts et le maintien de la chaîne du froid sont aussi sources d’émissions de gaz à effet de serre (GES), notamment à cause des gaz réfrigérants HFC, dont le pouvoir réchauffant est élevé.

La méthode de bilan de GES définie par le GHG Protocol comporte 3 périmètres (« scopes »). Le périmètre le plus large, dit « scope 3 », est le bilan des émissions de toute la chaîne logistique ; il représente environ 80 % des émissions engendrées par une entreprise (5), mais son évaluation n’est pas encore obligatoire. Des initiatives indépendantes, comme celle de l’organisation internationale CDP, permettent d’en rendre compte. En 2017, 99 entreprises répondant au CDP y ont fait participer 4800 de leurs fournisseurs ; 76 % de ces derniers ont identifié des risques liés au changement climatique, mais seulement 23 % ont commencé à travailler avec leurs propres fournisseurs pour réduire les émissions de GES.

L’aggravation du dérèglement climatique n’est pas la seule externalité environnementale négative de la supply chain ; on peut citer l’émissions de particules par la combustion du diesel, le bruit, l’emprise à long terme des infrastructures sur l’environnement, etc.

Les risques posés par des chaînes logistiques mal maîtrisées

Les entreprises sont confrontées à plusieurs risques concernant leurs chaînes logistiques :

  • Des risques d’approvisionnement : le changement climatique modifie ou fragilise la disponibilité de certaines matières premières (6) et les ressources minières diminuent. Les entreprises cherchent donc à rendre leur chaîne logistique plus résiliente, en diversifiant les sources, en cherchant des substituts ou en nouant des partenariats avec les fournisseurs.
  • Des risques d’image, les consommateurs étant de plus en plus demandeurs de transparence et de traçabilité des produits. On le constate régulièrement dans les scandales agro-alimentaires (7) ou dans ceux mettant en évidence les conditions de travail précaires des travailleurs en amont (8). Ces risques d’image touchent à la fois l’aspect environnemental et l’aspect social de la responsabilité des entreprises et peuvent avoir des conséquences stratégiques, lorsqu’un fournisseur clé est mis en cause et doit être remplacé.
  • Des risques réglementaires : les entreprises doivent se conformer à la réglementation. Ainsi, la loi relative au devoir de vigilance adoptée en 2017 demande aux grandes entreprises de publier un plan de vigilance permettant de prévenir les risques en matière d’environnement, de droits humains, de corruption, sur leurs activités et celles de leurs fournisseurs, en France ou à l’étranger (9). Concernant les émissions de GES, on peut s’attendre à ce qu’il soit bientôt exigé que le scope 3 soit évalué et publié.

La nécessaire collaboration avec les fournisseurs

Le premier levier, très puissant, d’amélioration de la durabilité de la supply chain est la relocalisation d’activités productives au plus près des consommateurs ; de plus en plus de personnes souhaitent d’ailleurs acheter « local ». Ce levier touche souvent des aspects politiques et n’est pas facile à actionner ; mais en tous les cas, l’atténuation des risques évoqués précédemment passe par une connaissance intime de sa chaîne logistique, ce qui est d’autant plus difficile qu’elle est complexe, et une collaboration avec ses fournisseurs et sous-traitants. Cela permettra en plus une adoption plus rapide de nouvelles pratiques : par exemple, les entreprises ayant commencé à réduire leurs émissions de GES en adoptant des carburants décarbonés (comme le bioGNV, méthane issu de déchets organiques), peuvent, par leur expérience, aider leurs fournisseurs à faire de même.

Les initiatives comme le CDP peuvent y aider. D’autres démarches, comme l’insetting, une compensation de l’empreinte carbone permettant de protéger et dynamiser la filière d’approvisionnement de l’entreprise (10), vont dans le même sens.

La fonction achats, chargée de la relation avec les fournisseurs, peut ici retrouver ses lettres de noblesse et continuer à sortir, avec l’appui des directions générales, d’une vision focalisée sur les coûts à court terme.

Notes :
(1) MENTZER J. T. et al., Defining Supply Chain Management, Journal of Business Logistics, Vol. 22, N°2, 2001.
(2) Des régions du monde sont même spécialisées dans la production de tel ou tel type de produits, le sud-est asiatique étant par exemple « l’atelier textile du monde ».
(3) Agence internationale de l’énergie (AIE), Energy Technology Perspectives 2015.
(4) U.S. Energy Information Administration, International Energy Outlook 2016.
(5) CDP, Supply Chain Report 2017 / 2018.
(6) Ainsi, les modifications climatiques affectent les productions agricoles, et donc la disponibilité de matières premières pour l’industrie agro-alimentaire ou pour l’industrie textile.
(7) Ex. : viande de cheval au lieu de bœuf, œufs au Fipronil…
(8) Ex. : effondrement du Rana Plaza au Bangladesh en 2013.
(9) Source : Novethic.
(10) Source : Pur Projet.

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